"Dar Bouazza Deux zones humides menacées par l’urbanisation "

Dar Bouazza
Deux zones humides menacées par l’urbanisation

  • 128 espèces d’oiseaux répertoriées
  • Les ornithologues tirent la sonnette d’alarme
  • Un rapport remis aux Eaux et Forêts

 

 

Alimentée par les eaux d’écoulement et par une source sur sa rive est, cette zone humide se caractérise par la variété de son avifaune et présente un fort potentiel éducatif à destination du milieu scolaire

Des zones écologiques, paradis des oiseaux, dans la région de Casablanca! Etonnant mais véridique. En effet, deux zones humides où vivent quelque 128 espèces d’oiseaux viennent d’être identifiées, par des adhérents du groupe d’ornithologie du Maroc (Gomac), près de Dar Bouazza ! Plus exactement, elles se situent à 15 km au sud de Casablanca et à proximité immédiate de la route côtière d’Azzemour. Selon Benoît Maire, secrétaire adjoint de Gomac,

La découverte de ces zones s’est faite par hasard lors d’une séance de footing. «C’était en octobre 2011, on avait remarqué une concentration considérable de différents d’oiseaux», dit-il. Le Gomac a ainsi fait ses recherches afin de recenser méthodiquement toutes les espèces d’oiseaux, jumelles et télescopes à l’appui, ainsi que leur trajectoire d’immigration. Résultat, quelque 128 espèces ont été répertoriées. Pour Benoît Maire, c’est normal puisque la région se situe dans un couloir de migration pour les oiseaux.  L’ornithologue précise que durant la «migration printanière, les oiseaux en provenance d’Afrique et à destination d’Europe se stabilisent dans la région en raison de sa richesse en termes de biodiversité» avec une forte fréquence enregistrée durant les mois d’avril et mai. Le même mouvement s’opère durant la période post-nuptiale (migration d’automne) où les oiseaux effectuent leur retour en Afrique.
Par ailleurs, les zones en question se situent respectivement au nord et au sud de Dar Bouazza. La zone sud se présente sous la forme d’une dépression plus marquée d’une taille d’environ 1.000 m de long sur 150 m de large. Elle est alimentée par les eaux d’écoulement et par une source sur sa rive est. Cette zone humide abrite des espèces comme les grèbes, les ardéidés, les anatidés et des rallidés dont certains sont nicheurs tels le grèbe castagneux, le canard colvert et la gallinule poule d’eau. Une plantation d’eucalyptus, sur la rive ouest, sert de dortoir aux bihoreaux gris, crabiers chevelus et au moins 150 ibis falcinelles. Néanmoins, d’après le rapport du Gomac, la zone est menacée par un encombrement progressif de déchets de matériaux de construction, le détournement des eaux de la source qui l’alimente, l’empiétement des projets immobiliers et la future route côtière Casablanca-Dar Bouazza.
Quant à la zone humide nord, elle prend la forme d’une dépression de faible profondeur d’environ 1.200 m sur 200 m de large, alimentée par les eaux d’écoulement. Ses rives dégagées attirent un grand nombre de limicoles de grands échassiers, spatules, ibis et d’anatidés en migration ou en hivernage. De même, 3 espèces emblématiques y nichent en été : l’oedicnéme criard, la glaréole à collier et la sterne naine. Une autre hirondelle paludicole y niche en hiver. En outre, les migrateurs rares, pipit de Richard et pipit à gorge rouge s’y arrêtent sur les bords herbeux de ce lac nord. Pour sa part, la zone nord est également menacée par la construction de la route côtière Casablanca-Dar Bouazza et par le braconnage. 
En termes de perspectives, le rapport établi par le Groupe d’ornithologie du Maroc a été déposé auprès du Haut commissariat des eaux et forêts afin d’engager une procédure de sauvegarde de la région. Sur ce plan, Karim Laidi, adhérent du Gomac, affirme que cette zone humide offre «un fort potentiel éducatif à destination du milieu scolaire (sorties de sensibilisation et de connaissance du milieu naturel, éducation environnementale, protection de la biodiversité…)». Karim Laidi ajoute que la mise en place d’infrastructures de base (chemins, huttes d’observation, panneaux d’information…) permettrait à la zone être ainsi aménagée en petite réserve naturelle. Pourvu que les actions suivent… 

 

L’Economiste : Édition N° 3892 du 2012/10/19